C'est demain. Vous êtes titulaire. Le conseil de classe est à 16h. Vous avez 24 élèves à présenter en 90 minutes, et vos collègues attendent de vous que chaque cas soit préparé.
Le problème, ce n'est pas le conseil en lui-même. C'est tout ce qu'il faut rassembler avant.
Les moyennes sont dans le carnet de cotes. Les absences chez l'éducateur. Les remarques disciplinaires dans un classeur. Le PIA dans un autre. Et le registre de fréquentation, quelqu'un l'a vu ?
Cet article est une checklist. Pas de théorie, pas de circulaire. Ce qu'il faut vérifier, dans quel ordre, et pourquoi.
Les trois types de conseil : ils ne se préparent pas de la même façon
Avant de sortir la checklist, il faut savoir quel conseil vous préparez. Parce que les enjeux ne sont pas les mêmes.
Le conseil de fin de période (P1, P2). C'est un bilan intermédiaire. Pas de décision d'orientation, pas d'attestation. L'objectif est d'identifier les élèves en difficulté, de poser des avertissements, des mises en garde, des encouragements. C'est aussi le moment où le titulaire signale une situation qui dérive : absences en hausse, résultats en chute, comportement qui change.
Le conseil de délibération (juin). Celui-là a une portée juridique. Vous délivrez des attestations : AOA (l'élève réussit), AOB (réussite avec restriction), AOC (échec, redoublement) ou ajourné (examens de passage en août). Ces décisions sont contestables devant le conseil de recours interne, puis externe. Chaque décision doit être motivée. Le PV du conseil fait foi.
Le conseil d'examens de passage (août). L'élève a été ajourné en juin avec des examens de passage. Il les a présentés en août. Le conseil décide s'il réussit ou non. C'est court, technique, et il ne faut rien oublier.
La checklist : ce qu'il faut avoir sur la table
Avant le conseil (24h à l'avance)
1. Vérifier que toutes les cotes sont encodées.
C'est basique mais c'est la source numéro un de retard en conseil. Un collègue qui n'a pas fini d'encoder, et tout le monde attend. En tant que titulaire, envoyez un rappel 48h avant le conseil : « Les cotes doivent être clôturées pour mercredi 12h au plus tard. » Vérifiez le lendemain. Relancez ceux qui manquent.
2. Calculer les moyennes et identifier les cas.
Pour chaque élève, vous devez pouvoir dire en 10 secondes : « Théo, 12.4 de moyenne, en hausse de 0.4 par rapport à P1, rien à signaler » ou « Lucie, 7.8, en baisse de 1.4, quatre cours en échec, neuf demi-jours d'absence injustifiée ce trimestre. »
Ce qui compte, ce n'est pas la moyenne seule. C'est la tendance. Un élève qui passe de 14 à 11, même s'il est toujours au-dessus de 10, mérite qu'on en parle.
3. Consulter le dossier disciplinaire.
Remarques pédagogiques, remarques disciplinaires, retenues, exclusions de cours. Le titulaire doit avoir une vue d'ensemble. Si un élève cumule 8 remarques depuis septembre et que personne ne l'a mentionné avant, c'est un problème.
4. Consulter les absences.
Combien de demi-jours d'absence ? Combien d'injustifiés ? Est-ce que le seuil des 9 demi-jours est atteint ou dépassé ? Si oui, le signalement à la DGEO a-t-il été fait ? Le registre de fréquentation est-il à jour ?
5. Vérifier les PIA.
Si des élèves bénéficient d'un PIA, le titulaire doit pouvoir dire où en sont les objectifs. Le PIA n'est pas un document qu'on remplit en septembre et qu'on oublie. Le conseil est le moment de vérifier si les aménagements sont appliqués et s'ils fonctionnent.
6. Préparer les cas à discuter.
Le conseil de 25 élèves ne doit pas durer 2 heures. Pour chaque élève, il y a trois catégories :
- Rien à signaler. « Camille, 18.8, excellente élève, aucune remarque. » Deux secondes. On passe.
- À surveiller. « Nathan, 11.4, stable mais fragile en maths et en sciences. Pas d'absence. On garde un œil. » Dix secondes.
- À discuter. « Lucie, 7.8, en chute libre, quatre cours en échec, absences en hausse, deux remarques disciplinaires cette semaine. Qu'est-ce qu'on fait ? » Là, le conseil s'arrête et on en parle.
Préparez la liste des cas à discuter à l'avance. Envoyez-la aux collègues si possible. Ça leur permet de préparer leurs observations.
Pendant le conseil
7. Suivre un ordre systématique.
Classe par classe, élève par élève, dans l'ordre alphabétique. C'est le seul moyen de ne pas en oublier un. Pour chaque élève : résultats → tendance → absences → discipline → PIA → décision ou remarque.
8. Formuler les avertissements et encouragements.
En P1 et P2, il n'y a pas de décision d'orientation, mais il y a des avertissements, des mises en garde, et des encouragements. Formulez-les clairement : « Avertissement pour résultats insuffisants en mathématiques, sciences et anglais » ou « Encouragements pour la progression en français. »
9. En juin : formuler les décisions AOA / AOB / AOC.
Pour les AOB : précisez les restrictions (quels cours, quelles orientations sont exclues). Pour les ajournés : listez les cours concernés et les examens de passage prévus en août. Pour les AOC : motivez le redoublement. Chaque décision doit être motivée. C'est la base d'un éventuel recours.
10. Prendre note du PV.
Le procès-verbal du conseil de classe doit contenir : la date, les membres présents, la liste des élèves discutés, les décisions prises, les motivations. En juin, c'est un document officiel. Un PV bâclé, c'est un recours facilité pour le parent.
Après le conseil
11. Finaliser les bulletins.
Les remarques du titulaire, les avertissements et les décisions doivent figurer sur le bulletin. Vérifiez que tout est cohérent : si le conseil a dit « encouragements » pour Nathan, c'est « encouragements » qui doit apparaître sur le bulletin, pas « à surveiller ».
12. Communiquer aux parents.
Le bulletin est l'outil de communication principal. Mais pour les cas graves (AOC, convocation, risque de décrochage), un contact direct avec les parents est souvent nécessaire, avant que le bulletin n'arrive à la maison.
13. Archiver.
Le PV, les listes d'absences, les décisions : tout doit être archivé. En cas de recours, c'est ce dossier qu'on ressort. Si tout est dans un classeur papier quelque part dans la salle des profs, bonne chance pour le retrouver en août.
Le vrai problème : rassembler les données
La checklist ci-dessus n'est pas compliquée. Ce qui est compliqué, c'est de rassembler les données.
Dans beaucoup d'écoles, les cotes sont dans un outil, les absences dans un autre, les remarques dans un classeur, le PIA dans un dossier papier. Le titulaire passe une heure à compiler des informations qui devraient être au même endroit.
C'est cette compilation qui prend du temps. Pas le conseil.
Et c'est cette compilation qui crée des erreurs. Un élève qui a 12 demi-jours d'absence injustifiée mais que personne ne remarque parce que le registre est dans le bureau de l'éducateur et que le titulaire n'y a pas accès. Un PIA qui n'est pas mentionné en conseil parce que le dossier est resté dans l'armoire.
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Les textes, pour ceux qui vérifient
Le conseil de classe est régi par le Code de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire (articles 1.7.7-1 et suivants). Les attestations d'orientation (AOA, AOB, AOC) sont définies aux articles 2.3.1-1 et suivants. La procédure de recours interne puis externe est prévue aux articles 1.7.8-1 et suivants.
Le signalement des absences injustifiées à la DGEO est obligatoire à partir de 9 demi-jours (article 1.7.1-36 du Code).
*Les références réglementaires sont données à titre indicatif. Consultez les textes en vigueur et les circulaires de votre réseau pour les règles applicables dans votre établissement.*